Mort de Jacob Desvarieux: Le pilier du groupe 'Kassav' est décédé
Mort de Jacob Desvarieux: Le pilier du groupe 'Kassav' est décédé

Mort de Jacob Desvarieux: Le pilier du groupe ‘Kassav’ est décédé. Touché par le Covid-19 et hospitalisé plusieurs jours, Jacob Desvarieux est décédé. Guitariste, chanteur, compositeur et co-fondateur de Kassav’, Jacob Desvarieux est aussi à l’origine du titre phare de Zouk : Zouk la sé sèl médikaman nou ni qui a donné naissance à ce style musical.

Agé de 65 ans, Jacob Desvarieux est décédé au CHU de Guadeloupe. Mi-juillet, il a été plongé dans un coma artificiel après avoir contracté le Covid-19.

65 ans
Un sourire communicatif, une gentillesse naturelle, une modestie exceptionnelle, Jacob Desvarieux était un artiste unique au parcours atypique. C’est à l’âge de dix ans qu’il commence à apprendre la guitare. Sa mère Cécile Desvarieux – très importante dans sa carrière – lui avait offert cet instrument. Il aurait préféré un vélo.

Né le 21 novembre 1955 à Paris, Jacob Desvarieux part quelques mois après sa naissance pour la Guadeloupe, l’île d’origine de sa mère. Puis direction la Martinique où avec sa mère, ils sont pourchassés par le cyclone Dorothy. Leur maison avait été complètement détruite. Cécile Desvarieux a ensuite été placée par Bumidom dans une famille bourgeoise en France au Vésinet pour effectuer toutes les tâches ménagères. Le petit Jacob fut alors mis en pension. À cette époque, lui et sa mère regardaient souvent un magazine intitulé Bingo, « le journal mensuel au rythme du monde noir ». Cécile Desvarieux voulait découvrir l’Afrique. Elle a donc décidé de s’envoler avec son fils au Sénégal et d’y vivre pendant deux ans.

Au Sénégal

C’est au Sénégal que Jacob Desvarieux apprend à jouer de la guitare avec ses voisins. L’un d’eux sera plus tard le bassiste de Youssou N’Dour. Ce premier séjour en Afrique a marqué à jamais le musicien qui aura par la suite un grand plaisir à venir s’y produire avec Kassav’. Après le Sénégal, Jacob et sa mère rentrent en France, à Marseille. C’est là qu’à l’adolescence, il rejoint un groupe de rock, les Bad Grass. Petit à petit, il abandonne le lycée pour devenir arrangeur. La passion pour la musique était trop forte. Jacob Desvarieux a fait le choix de « monter » à Paris où les opportunités étaient plus nombreuses à l’époque. Ce n’était pas encore le succès, mais le musicien avait vraiment trouvé sa voie.

La création de Kassav’

En 1979 à Paris, Jacob Desvarieux fait une rencontre décisive. Un musicien guadeloupéen a souhaité le rencontrer pour lui parler d’un projet fou. Pierre-Edouard Décimus a souhaité créer un groupe qui remonte aux sources de la musique antillaise et qui soit mondialement connu. Il avait même le nom en tête : Kassav’ en référence à la galette de manioc en créole.

Pierre-Edouard Décimus avait déjà monté Les Vikings, un groupe qui lui avait valu les moqueries des touristes. Il se dit que le nom de son groupe était « terrible » et ne voulait pas refaire la même erreur. Pierre-Edouard Décimus a embarqué Jacob Desvarieux dans l’aventure. Ils enregistrent ensemble un premier album Love and Ka dance puis partent à la recherche d’autres musiciens sur la même longueur d’onde.

Kassav’ s’est constitué petit à petit et dès le départ Jacob Desvarieux en fut l’un des piliers avec les frères Décimus, Pierre-Edouard et Georges. Puis les Martiniquais Jean-Philippe Marthély, Jocelyne Béroard et Jean-Claude Naimro rejoignent le groupe ainsi que les Guadeloupéens Patrick Saint-Eloi et Claude Vamur. En 1984, Jacob Desvarieux compose un tube mythique en Haïti : Zouk la sé sèl médikaman nou ni. C’est cette chanson qui a donné son nom à la musique de Kassav’ : le zouk. Georges Décimus avait écrit les paroles. Aimé Césaire a même utilisé cette phrase Zouk la sé sèl médikaman nou ni dans un de ses discours.

Premier Zénith
En 1985, Kassav’ réalise son premier Zénith à Paris. La salle était pleine : 80 000 personnes en liesse. Jacob Desvarieux était fier de rappeler que ce succès s’était produit sans aucune promotion. Le groupe s’est alors lancé dans une tournée en Afrique avec son lot de galères, “pas plus qu’ailleurs” a insisté Jacob Desvarieux. Un producteur avait « oublié » de payer les nuits d’hôtel. A Luanda en Angola, en pleine guerre civile, Kassav’ a chanté devant 90 000 personnes.

Lors du premier carnaval tropical de Paris en 1986, 250 000 personnes sont venues applaudir Kassav’ à Vincennes. Un triomphe. Et puis le groupe a commencé à faire des concerts partout dans le monde. Notamment en 1989, Kassav’ fut le premier groupe noir à se produire en URSS à Leningrad, l’ancien Saint-Pétersbourg. La même année en 1989, le groupe se produit devant 500 détenus à la prison de Fleury-Mérogis. Rien ne pouvait arrêter le zouk. Jacob Desvarieux appréciait cette vie nomade. Il a fait le tour du monde ! Le guitariste ne s’est jamais lassé de ses communions avec des publics à travers la planète.

Scie à bois
Kassav’ a suivi les tubes dont le célèbre Syé Bwa. Le clip a été tourné à Kinshasa de manière totalement improvisée. Au fur et à mesure des albums, la voix très particulière de Jacob Desvarieux s’est imposée. Il n’avait pas vraiment imaginé devenir chanteur un jour, mais son ton sérieux et singulier le séduisait. Le groupe Kassav’ a connu quelques coups durs comme le départ de Patrick Saint-Eloi en 2002 ou le divorce avec Sony, mais à aucun moment selon Jacob Desvarieux le groupe n’a pitché. A tel point qu’il n’a jamais rêvé de larguer les amarres et de poursuivre une carrière solo.

Au cours de sa carrière, Jacob Desvarieux a eu de plus en plus de propositions au cinéma. Il ne courait jamais après, mais il ne se voyait pas tout refuser. Lui qui a toujours dénoncé le manque d’acteurs noirs dans le cinéma français. Dès 1992, il avait joué le musicien Isidore dans Siméon, le film d’Euzhan Palcy. Des années plus tard, grâce à un agent rencontré à Dakar lors d’un défilé de mode, il se retrouve embarqué dans le tournage des deux premiers épisodes de la série américaine Le jeune pape avec Jude Law. Il a ainsi joué le rôle d’un cardinal africain et n’a pas raté un seul épisode de cette série qui l’a captivé.

Santé fragile
En 2009, Jacob Desvarieux avait de graves problèmes de santé. Dialyse depuis un an, il avait subi le martyre, mais avait choisi de continuer à jouer sur scène. Il ne voulait surtout pas renoncer à faire de la musique et avait fêté en beauté les 30 ans de Kassav’ le 16 mai 2009 au Stade de France. C’était alors le premier groupe français à avoir rempli l’arène sportive. Jacob Desvarieux a finalement pu avoir une greffe de rein en 2010 et a déclaré en avril 2021 « dix ans de moins ».

Généreux et travailleur, Jacob Desvarieux aimait partager son expérience. Il n’a eu aucun mal à donner des interviews dans lesquelles il aimait raconter sa fabuleuse carrière. Ce fut le cas en 2019 à la veille du concert des 40 ans de Kassav’.

Ce concert vieux de 40 ans a réuni 40 000 fanatiques de Kassav’ à la Paris La Défense Arena. Le groupe n’avait rien perdu de sa vigueur et avait communié pendant trois heures avec son public. Jacob Desvarieux aimait aussi jouer avec des artistes plus jeunes comme Admiral T ou Passi. En 2019, il participe au clip Chat Ka Tété Rat dans lequel l’Amiral T revisite avec brio la chanson du Guadeloupéen Robert Loyson, grande figure du gwoka.

Le musicien a toujours eu beaucoup de projets. Il avait profité des confinements pour respirer un peu et composer. Malgré ses problèmes de santé, il ne voulait pas raccrocher. Le public l’appréciait énormément et nous aussi.

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