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Nécrologie: Le journaliste Jean-Pierre Pernaut est mort

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Nécrologie: Le journaliste Jean-Pierre Pernaut est mort
Nécrologie: Le journaliste de Jean-Pierre Pernaut est mort

Nécrologie: Le journaliste de Jean-Pierre Pernaut est mort. La presse française est en deuil après la mort tragique de Jean-Pierre Pernaut. Le journaliste a succombé à un cancer à 71 ans, un an et demi après sa retraite du JT, alors qu’il présentait toujours une émission sur LCI.
On cherche souvent les rôles d’une vie et lui n’en a joué qu’un seul tout au long de la sienne : la France, l’incarnation de l’idée qu’il s’en faisait et à laquelle il s’accrochait parce qu’il la connaissait, celle des petites gens, des TER, des départementales, des hameaux, des zones blanches qu’il ne voulait pas abandonner, de tout ce qui dans le terroir signifie une terre.

Un cliché, c’est une image, un village avec un clocher entouré de maisons puis de fermes et de prés et enfin d’une forêt, traversé à vive allure à bord d’un TGV qui fonce à travers le pays. Le présentateur du JT de 13 heures de TF 1 de 1988 à 2020, lui, s’arrêtait dans ce village. Il voulait même en arrêter le temps. Une vision idéalisée peut-être, mais ces villages existent. Une permanence rassurante dans un monde qui tourne à la vitesse d’un manège désenchanté.

Jean-Pierre Pernaut est parti, à 71 ans, victime d’un cancer du poumon contre lequel il ne pouvait pas lutter, inopérable. Laissant des millions d’êtres inconsolables. Pas seulement ses fidèles : on était tous habitué à cet homme assis à notre table ou au centre de notre petit écran, qui avait débuté avant les ordinateurs et quitté le JT à l’ère des réseaux sociaux.

Ce cliché du clocher, de Clochemerle, Jean-Pierre Pernaut l’aimait et il n’est nul besoin d’être de droite ou de gauche, progressiste ou conservateur, pour y adhérer, presque sentimentalement, comme nos vieilles cartes de géographie. C’est l’affiche de campagne de François Mitterrand en 1981, « La force tranquille », du Pernaut avant Pernaut. Le slogan le résume comme une formule. Il avait trouvé la sienne : fuir les institutions, ne pas s’intéresser aux idéologies ni même peut-être aux idées, mais aux gens. C’est après tout, pour lui qui a été encensé mais aussi décrié et moqué, un immense compliment : ce que l’on enseigne en premier aux jeunes journalistes, c’est d’écouter les gens et de leur donner la parole.

Il avait dû rester jeune, lui qui passait pour vieux jeu. Les gens, il avait dû en écouter beaucoup enfant dans la pharmacie de sa mère à Quevauvillers (Somme), près d’Amiens, cette officine où l’on vient confier ses bobos et chercher un médicament. Pour lui aussi, l’info tenait un peu lieu de médicament. Il en voulait de positives. Il n’avait pas envie de rendre l’actualité encore plus anxiogène. Les trains qui arrivaient à l’heure l’intéressaient aussi. Surtout dans de petites gares qui se battaient pour ne pas fermer. Son père dirigeait une usine de machines-outils. Peut-être avait-il vite reniflé très jeune ce qui pouvait parfois réunir, et aussi séparer, un patron de ses ouvriers. Incarner presque éternellement un JT, c’est faire le grand écart entre des gens qui ne se ressemblent pas mais se rassemblent devant votre journal.

Quand il prend la tête du JT de 13 Heures de TF 1, en 1988, après la privatisation de la chaîne, le jeune journaliste déjà expérimenté de 38 ans mène une révolution. Il succède à Yves Mourousi, son antithèse, un homme charmant qui connaît le Tout-Paris mais rien ou presque de la France profonde. Ce qui paraîtra des années après une caricature ou une nostalgie un peu réac pour ses détracteurs s’affirme d’abord comme un geste de rupture : redonner la parole à ceux qui ne l’ont jamais, en créant un puissant réseau de correspondants locaux dont TF 1 ne disposait pas.

La SNCF ferme des lignes, Pernaut en ouvrait. Envoyé spécial à Romorantin plutôt qu’à Rome. Comprendre que pour nos grands-parents et pas seulement eux qui regardent le JT de midi, ces six à sept millions de Français pour qui l’info crée du lien à l’heure du déjeuner, la météo est tout autant un sujet de conversation qu’une crise internationale. Peut-être pas plus, mais sûrement pas moins. Comme les métiers qui disparaissent.

Si dans « La Carte et le territoire », son roman qui a remporté le Prix Goncourt, Michel Houellebecq a rendu un hommage appuyé et tendre à Jean-Pierre Pernaut, c’est que ce dernier connaissait parfaitement les territoires, comme on dit maintenant, et que s’il n’avait pas la carte, celle de ceux qui savent, il connaissait parfaitement celle de l’Hexagone.

Le journaliste avait sa part de romanesque. L’amoureux des traditions allait épouser une miss, ces héritières des rosières, les reines de beauté des villages. Nathalie Marquay, Miss Alsace -il aurait pu en parler des heures- devient miss France en 1987, la première élection retransmise à la télévision, un an avant son ascension à lui. Ils se rencontrent à une autre soirée Miss, en 2002, et se marient en 2007. Ils ont deux enfants, ce qui pour le journaliste déjà père et divorcé, fera quatre. Famille recomposée, il vit pleinement dans son époque.

Un jour, on était entré dans son bureau. Il n’avait pas voulu nous laisser repartir sans ses almanachs, sa collection d’ouvrages consacrés « à nos si belles régions ». Ce n’était nullement pour en faire un article. Il en était fier, comme un artisan qui a bien poli son ouvrage. Sa fin de carrière, ses péripéties, ses maladies, ont déclenché une profonde empathie dans le pays. En 2018, touché par un premier cancer à la prostate, il doit s’absenter de l’antenne. En novembre 2021, il est à nouveau touché aux poumons, après une première tumeur opérée l’été précédent. « J’ai cru que cela ne pouvait arriver qu’aux autres. Pendant des années et des années on m’a dit d’arrêter de fumer. J’y ai pas cru, ben j’aurais dû arrêter. Voilà, je vous tiendrai au courant, tout va bien pour l’instant », confesse-t-il sur les réseaux sociaux.

A TF 1 du 6 janvier 1975 au 18 novembre 2020
Jean Pierre Pernaut et son épouse Nathalie Marquay Pernaut dans le documentaire hommage qui lui avait été consacré après son départ du 13 Heures.
Jean Pierre Pernaut et son épouse Nathalie Marquay Pernaut dans le documentaire hommage qui lui avait été consacré après son départ du 13 Heures. Genton Productions
« Ben », « voilà », du Pernaut dans le texte, à hauteur d’homme. Terre à terre, comme le présentateur de « Combien ça coûte », de 1991 à 2010. Arrivé à TF 1 le jour de la création de la chaîne, le 6 janvier 1975, il a présenté son dernier JT le 18 décembre 2020, avec un hommage de deux heures qui avait chaviré bien au-delà de son fidèle matelas de téléspectateurs. Il partait après 33 ans de journaux télévisés et 45 ans de maison, même s’il ne la quittait pas tout à fait. Il continuait à présenter « Jean-Pierre et vous » sur LCI. Son absence de l’antenne, depuis mi-décembre avait inquiété et attristé. On le savait malade et inopérable. « Ben, voilà », comme il aurait dit.

Quand même, 71 ans, c’est trop jeune, Jean-Pierre. Cet amateur de dictons en aurait trouvé un. On aimerait avoir sous la main ses « 365 dictons de nos régions ». Il paraît qu’aucune n’en a produit autant que sa Picardie. La santé s’en est allée. Jean-Pierre Pernaut était comme ces grands arbres ou ces clochers qu’on aime à revoir. Comme le train de 13 heures qui arrive toujours à l’heure. Mais les nouvelles sont mauvaises aujourd’hui.

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