Prix Goncourt: Hervé Le Tellier distingué pour

Prix Goncourt: Hervé Le Tellier distingué pour « L’Anomalie ». C’est la consécration pour l’écrivain. Le prix Goncourt a été attribué lors d’une visioconférence à Hervé Le Tellier pour « L’Anomalie » (Gallimard), roman sur un événement difficilement explicable que l’on va s’acharner à s’expliquer.

Décidément, c’est la saison des bonnes surprises. Grâce à Laurent Mauvignier et Hervé Le Tellier, les lignes bougent, les genres littéraires explosent, et les vieilles maisons rajeunissent. Après l’entrée du thriller aux Editions de Minuit, voici celle de la science-fiction dans la Blanche de Gallimard. Dans les deux cas, on est tenu en haleine et le roman, le grand, le vrai, est à son zénith. C’est le cas de le dire avec « l’Anomalie », qui semble tombé du ciel.

En juin 2021, un Boeing 787 d’Air France de la ligne Paris-New York, qui vient de traverser un immense cumulonimbus supercellulaire et d’être abîmé par une tornade de grêlons, se voit refuser l’atterrissage à Kennedy Airport. Il est dirigé vers une base militaire (la une du « New York Times », reproduite page 212, l’atteste), où l’équipage et les centaines de passagers sont soumis à la question. Qui sont-ils ? Des imposteurs, des clones, des revenants ? Trois mois plus tôt, en effet, le même vol Air France 006, pareillement endommagé, piloté par le même commandant et avec, à son bord, les mêmes passagers, s’est posé à l’aéroport de JFK. « Je ne comprends pas, lâche un agent abasourdi de la CIA, le même avion s’est posé deux fois ? »

« Le temps s’écoule, et il désarme la souffrance »
On n’en dira pas plus. Ce serait déflorer l’énigme d’un roman 2.0 à la fois vertigineux et facétieux sur les doubles vies, la gémellité, la simulation, l’inversion du temps et l’éternel retour, où le mathématicien-oulipien Hervé Le Tellier est à son affaire et à son meilleur. Faute de pouvoir en dévoiler la part secrète, attachons-nous du moins à l’un des passagers, qui a pris place dans l’avion à côté d’un tueur à gages, du chanteur nigérian de « Yaba Girls », d’une avocate noire et de la monteuse favorite de Maïwenn.

Il s’appelle Victor Miesel, il a 43 ans et la tête de Kafka. Cet écrivain méconnu et dépressif, voire suicidaire, auteur de « Des échecs qui ont raté », traducteur et adaptateur de « En attendant Godot » en klingon (la langue de Star Trek), n’a aucune raison d’imaginer qu’un jour, il deviendra culte. Et grâce à un livre posthume, « du Jankélévitch sous LSD », intitulé… « L’Anomalie », où l’on peut lire :

« Personne ne vit assez longtemps pour savoir à quel point personne ne s’intéresse à personne. »
Car il y a beaucoup de mélancolie dans ce roman futuriste, d’humour dans cette fable hallucinée et de style dans cette sotie mordante, dont j’aime beaucoup la morale provisoire : « Le temps s’écoule, et il désarme la souffrance. » Hervé le Tellier est un démiurge omniscient, mais aussi un poète. Un logicien ultrasensible, qui cache son chagrin sous des jeux de mots.

Après la première disparition de Victor Miesel est fondée la société de ses amis. Ils se baptisent « les Anomalistes ». Merci de bien vouloir me compter désormais parmi ses membres actifs.

Hervé Le Tellier, bio express
Né en 1957, Hervé Le Tellier a étudié les mathématiques et la linguiste, abondamment participé à l’émission « Des papous dans la tête » sur France Culture, cofondé l’association des Amis de Jean-Baptiste Botul, et intégré l’Oulipo en 1992, auquel il a consacré un essai intitulé « Esthétique de l’Oulipo » (2006). Il est l’auteur de nombreux romanset récits dont « la Disparition de Perek » (dans la série « le Poulpe », 1997), « Je m’attache très facilement » (Prix du roman d’amour 2007), « Moi et François Mitterrand » (2016) ou encore « Toutes les familles heureuses » (2017). « L’Anomalie » (2020) figure actuellement dans la sélection du prix Goncourt.

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