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Qui est l’imam Mahmoud Dicko au milieu de la clameur des voix dissidentes ?

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Qui est l’imam Mahmoud Dicko au milieu de la clameur des voix dissidentes ?

Qui est l’imam Mahmoud Dicko au milieu de la clameur des voix dissidentes ? Le Mali connait des manifestations qui exigent le départ des plus hautes autorités du pays. Une personne est en train de devenir la figure de proue de cette contestation : l’imam Mahmoud Dicko.

Malgré le début de l’application des résolutions de la CEDEAO, l’opposition appelle toujours à manifester pour le départ du président Ibrahim Boubacar Keïta.

Le gouvernement malien semble résolument engagé à mettre en œuvre la feuille de route suggérer par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) fin juillet pour sortir le pays de la crise politique.

Vendredi, les neuf nouveaux membres de la Cour constitutionnelle du Mali ont été officiellement nommés vendredi, selon le décret présidentiel.

La question de la Cour constitutionnelle est considérée comme l’un des éléments déclencheurs de la crise politique actuelle qui secoue le Mali.

Cette institution a invalidée fin avril une trentaine de résultats des élections législatives de mars-avril, dont une dizaine en faveur de la majorité du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK).

Mahmoud Dicko, né vers 19541, est un imam salafiste malien originaire de la région de Tombouctou qui a présidé le Haut Conseil islamique malien (HCIM) de janvier 2008 à avril 20192.

Leader politico-religieux considéré en 2020 comme l’une des personnalités les plus influentes du pays, il a servi de médiateur entre le gouvernement malien et des groupes djihadistes dans le nord du pays. Après avoir soutenu le président Ibrahim Boubacar Keïta lors des élections de 2013 en 2017, il s’est adressé à l’opposition. Le 7 septembre 2019, il a lancé son propre mouvement: Coordination des Mouvements, Associations et Supporteurs CMAS. Il a convoqué en 2019 et 2020 diverses manifestations contre le président avec une participation importante.

Ancien professeur d’arabe, formé en Arabie saoudite1 et en Mauritanie3, il devient au début des années 1980 l’imam de la mosquée de Badalabougou à Bamako. D’obédience salafiste quiétiste, il se présente comme un sunnite et récuse le terme de wahabite4. Il a été secrétaire général de l’Association Malienne pour l’Unité et la Progrès de l’Islam (AMUPI), courroie de transmission du parti unique de l’ancien dictateur Moussa Traoré5 et Premier Secrétaire sortant aux Affaires religieuses

Mahmoud Dicko se réclame du courant sunnite de l’islam. Selon l’ethnologue Jean-Loup Amselle : « Mahmoud Dicko est un quiétiste qui refuse le djihad et l’application des règles les plus violentes de la charia, comme le fait de couper les mains des voleurs. Alors que les fondamentalistes wahhabites refusent tout ce qui s’est passé avant l’islam, lui affirme que ce qui fait tenir ensemble la société malienne, ce sont l’islam et les traditions pré-islamiques, d’où l’importance de s’appuyer sur ces traditions, garantes de l’ordre »6.

En 2009, il s’oppose au projet de code des personnes et de la famille au Mali présenté par le gouvernement2 et obtient grâce à une mobilisation importante sa révision, vidant de sa substance un texte qui était davantage favorable aux droits des femmes7. En 2012, lors de la guerre du Mali, il prend position en faveur d’un dialogue avec les islamistes et rencontre Iyad Ag Ghali, le leader d’Ansar Dine2. En 2013, il affirme que l’intervention de l’armée française au Mali, en appui à l’armée malienne contre des groupes jihadistes armés, n’est pas une agression contre l’islam, mais que la France a volé au secours d’un peuple en détresse, qui a été abandonné par tous ces pays musulmans à son propre sort8. Lors de l’élection présidentielle malienne de 2013, il soutient la candidature d’Ibrahim Boubacar Keïta9.

Le 25 novembre 2015, après l’attentat du Radisson Blu de Bamako, il déclare sur VOA : « Les terroristes nous ont été envoyés par Dieu pour nous punir de la promotion de l’homosexualité, importée d’Occident et qui prospère dans notre société »10. Le 12 décembre 2015, à la grande Mosquée de Bamako, Mahmoud Dicko déclare que le djihadisme est une « création des Occidentaux » et de la France afin de « recoloniser le Mali »11,10.

Le 30 octobre 2016, l’imam Mahmoud Dicko déclare avoir reçu, après huit mois de discussions, une lettre d’Iyad Ag Ghali dans laquelle ce dernier annonce « l’arrêt des attaques sur toute l’étendue du territoire »12,13. Mais Ansar Dine dément ces déclarations le 2 novembre14,15.

Après avoir soutenu Ibrahim Boubacar Keïta, Mahmoud Dicko passe dans l’opposition vers fin 20179. À son appel, 30 000 à 50 000 personnes manifestent contre le gouvernement à Bamako le 5 avril 20199. Le 7 septembre 2019, alors que des ambitions présidentielles lui sont prêtées, il lance la Coordination des mouvements, associations et sympathisants (CMAS), un mouvement politique qui suit sa ligne islamiste1.

En juin 2020, sa CMAS s’unit à une large plateforme d’opposition, le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP). Selon l’analyse de Aly Tounkara, « Beaucoup d’opposants qui n’auraient eu aucune chance d’accéder au pouvoir ont décidé de s’appuyer sur l’imam et ses milliers de fidèles, lui conférant un grand pouvoir politique ». Le vendredi 19 juin 2020, il réussit à organiser une manifestation de plusieurs dizaines de milliers de fidèles et supporters pour demander au président Ibrahim Boubacar Keïta de démissionner.

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